Le Marché du bio de la Russie

Le Marché du bio de la Russie

La distribution des produits naturels et bio en Russie

En décembre 2015, le président Poutine a déclaré qu’il voulait que la Russie devienne le plus gros fournisseur mondial d’aliments bio. Dans le cadre d’une « Initiative Technologique Nationale », l’objectif est de prendre 10 à 15 % du marché mondial des produits biologiques d’ici 2035. Un discours qui semble surtout politique et peu réaliste à court terme, notamment avec les craintes relatives à la future certification locale. Car les guillemets s’imposent pour le mot « bio » en Russie. Le projet d’une certification officielle évoqué depuis des années n’a pas encore été concrétisé, les spécialistes craignant de toute façon que son niveau d’exigence soit très inférieur à celui des certifications « occidentales ».

La conséquence de cette absence de certification (et des faibles connaissances des consommateurs) est que nombreux sont les fabricants nationaux ou les fermes à promettre des produits « bio » ou « écologiques » pour les rendre plus attractifs (et les vendre plus chers), alors même qu’ils peuvent receler des pesticides, des OGM ou des hormones de croissance, la crainte de la corruption n’améliorant pas la confiance même en cas de contrôles éventuels. Une autre conséquence est que les chiffres de ce marché sont non seulement rares mais sans doute également peu fiables.

L’IFOAM, dans son rapport 2017, ne donne qu’un chiffre datant de 2012 : 120 Mio € pour les ventes de détail, soit à peine plus que les 99 Mio € de la Croatie (2014), peuplée de 4 Mio d’habitants. Cela représente une dépense moyenne de 0,80 € par personne en Russie en 2015 (pour 83 € en France et 106 € en Allemagne la même année).

Selon l’Union Nationale Biologique russe, le marché aurait atteint 178 Mio $ en 2015, contre 116 Mio $ en 2010, 3 % des Russes consommant régulièrement des produits bio. Cette Union prévoyait un marché de… 250 Mio $ a la fin 2017. Selon le cabinet NeoAnalytics par contre, le marché n’aurait été en 2016 que de 90 Mio environ, dont 80 à 85 % d’importation. En tout état de cause, la part de marché du bio tournerait donc au maximum autour de 0,1 %.

Concernant les produits emballés bio, d’après Euromonitor, ils représentaient 12 Mio $ en 2015, avec une croissance actuelle de 4 % par an. Mais seule une petite partie des Russes achète bio : statistiquement, ceux-ci vivent à Moscou ou Saint-Pétersbourg, ont entre 25 et 45 ans, ont fait des études supérieures et appartiennent à la classe moyenne avec un niveau de revenu moyen à élevé. Seuls 20 % des Russes peuvent être classés parmi ceux ayant un pouvoir d’achat suffisant, le différentiel de prix entre conventionnel et bio atteignant 20 à 200 %. Force est de constater que le développement du marché est fortement contrarié par la faible demande des acheteurs de masse, stoppés par les prix élevés, dans un contexte de crise persistante, malgré l’amélioration constatée par la Banque Mondiale.

La vente en ligne et la cosmétique

La vente en ligne semble représenter une part importante des ventes. La plupart des magasins de produit bio ou naturels (ou vendus comme tels) ont en parallèle un site Internet comme souligné à plusieurs reprises. Deux acteurs majeurs sont Arivera, déjà cité, ainsi que Vsë Svoë, actifs sur Moscou et environs. Comme beaucoup, Vsë Svoë promet des produits fermiers « sans nitrates, sans conservateurs, issus de zones écologiquement propres ». Sans s’afficher bio, elle propose aussi par exemple, sous la marque « Diyeticheskiye produkty » (Produits diététiques), quelques produits transformés « naturels, utiles, cultives sans utilisation du génie génétique ni additifs chimiques ». Parmi les nombreux autres sites, Biograd Produkt, basé à Saint-Pétersbourg, propose de son côté non seulement de l’épicerie et des cosmétiques bio (beaucoup d’importation, certifiés), mais aussi des produits écologiques pour la maison et des jouets en bois naturel.

A propos de cosmétique, le marché bio apparaît relativement porteur. Le grand salon russe de la cosmétique, InterCharm, lui accorde chaque année une place importante. Le groupe Arivera, déjà cité, importateur de nombreuses marques cosmétiques occidentales via sa filiale Bionavtika, possède également sa propre structure de vente directe, à l’enseigne Biozka, avec un site de vente en ligne et 2 boutiques de cosmétique naturelle à Moscou et une autre à Mourmansk. On peut aussi citer, parmi les initiatives indépendantes toujours à Moscou, Love-Organic ou Ecoyou, de même émanations de magasins en ligne. Enfin et surtout, il ne faut pas oublier Organic Shop, à ce jour la plus importante chaîne de magasins de cosmétiques bio, créée par le seul grand fabricant russe de cosmétiques naturels et bio certifiés. Elle possède à ce jour 5 magasins à Moscou et 1 à Saint-Pétersbourg.

Pour conclure, si le marche bio de cet immense pays qu’est la Fédération de Russie est encore extrêmement modeste, il affiche donc une effervescence qui laisse présager un avenir intéressant dès lors que les conditions économiques s’y prêteront.

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